chaque jour ou chaque semaine un argument contre...

chaque jour ou chaque semaine un argument contre... Notre Dame des Landes

jeudi 4 décembre 2014

Sivens: un rapport sans surprise qui légitime l'usage de la force!



MEDIAPART 03 décembre 2014 |  Par claire dujardin

Et voilà le point de départ, qui justifie la force et les armes : les radicaux de Notre-Dame-des-Landes sont arrivés sur Sivens ! Notre-Dame-des-Landes, la bête noire...
« Les opérations de maintien de l'ordre sont conduites dans le département du TARN depuis la fin du mois d'août 2014 pour permettre le démarrage des travaux de la retenue d'eau de Sivens. Elles ont donné lieu à des affrontements d'une rareviolence ».

Maintien de l'ordre pour travaux, rare violence....Comment en est-on arrivé là ?
Le ministre de l'intérieur a commandé une enquête administrative.
S'agissant d'une enquête administrative confiée à l'IGGN relative aux interventions de gendarmes, rien de surprenant dans les conclusions de ce rapport : l'usage de la force a été engagée à un niveau strictement nécessaire, tout a été mis en œuvre pour apaiser les affrontements, ce n'est que face à la stratégie de radicalisation des activistes dans le droit fil de la contestation de Notre Dame des Landes que l'usage des armes a été rendu nécessaire. Mission accomplie, rien à signaler.
Et pourtant... des militants écologistes non violents étaient présents sur Sivens d'octobre 2013 à l'été 2014 plaçant leurs actions essentiellement sur le plan juridique ».
Une montée brutale en violence serait apparue : « une poignée de radicaux regroupés en collectif prépare la lutte à venir et sous l'impulsion d'anciens opposants expérimentés au projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, ils créent une « ZAD (zone à défendre) » à la Métairie Neuve ».
C'est ainsi que « fin août 2014 marque une rupture dans les modes d'action des opposants » !
Et voilà le point de départ, qui justifie la force et les armes : les radicaux de Notre Dame des Landes sont arrivés sur Sivens ! Notre Dame des Landes, la bête noire..
« radicalisation, professionnalisation, meneurs aguerris, affrontements violents, sophistication des moyens employés, harcèlement, guide à l'usage des zadistes, politique de communication active, entraves au travail des journalistes... »
C'est la guérilla, la guerre civile, les djihadistes verts...l'ennemi est à nos portes, nous devons le chasser hors de nos terres et ne pas le laisser s'installer, nous envahir !
Vous devez être d'une extrême fermeté, pour qu'il n'y ait pas un autre Notre Dame des Landes...

Qu'entend la gendarmerie par opposant radical ?
Comment la gendarmerie explique la « rupture » entre l'action pacifiste et l'opposition radicale ?
Selon l'IGGN, une poignée de radicaux regroupés en collectif baptisé « tant qu'il y aura des bouilles » se démarque des militants écologistes non violents et prépare la lutte. Sous l'impulsion d'anciens opposants expérimentés au projet d'aéroport, ils créent une ZAD. En août, la rupture est claire et les affrontement deviennent violents.
Et pourtant... octobre 2013, une dizaine de militants écologistes s'installent à la Métairie. Ils en sont expulsés par des cagoulés violents et s'installent alors sur une parcelle qu'il nomme La Bouillonnante, y construisent cabanes en bois, yourtes, montent un chapiteau. Ils baptisent ce lieu, la ZAD. Ils sont soutenus par une partie de la population locale, sont de plus en plus nombreux, occupant plusieurs parcelles et ce, jusqu'à fin juin.
Aucun affrontement.
Durant l'été, certains partent, d'autres restent dans le département. Ces mêmes militants écologistes pacifistes reviennent mi août s'installer sur les parcelles de l'emprise du barrage. Ils annoncent le retour de l'occupation et leur détermination à s'opposer aux travaux de déforestation. A nouveau, cabanes, yourtes, chapiteau. Une partie de la population locale se mobilise également, informée de la destruction imminente de la forêt. La Zone à Défendre fait venir des militants d'ici et d'ailleurs, de la Région et aussi de Notre Dame des Landes.
C'est ainsi que fin août, les gendarmes font face à une centaine de militants sur le site de Sivens.
Des militants déterminés et convaincus de l'utilité de leur action, prêts à résister longtemps et qui demandent au Président du Conseil Général un débat.
Selon l'IGGN, ces militants se radicalisent et changent de méthodes d'action.
Alors, quels sont les critères qui permettent de distinguer le militant pacifiste de l'opposant radical... ?
Le militant qui exprime son opinion contre le projet de barrage et qui, dès septembre, vient vivre sur le site de Sivens pour empêcher les travaux de déforestation dès septembre, et décide de s'installer dans un arbre toute la journée lorsque les machines arrivent, est il un opposant radical ?
Le militant qui fait partie du collectif de défense de la zone du Testet et qui décide, dès septembre, de soutenir plus activement la lutte et gare sa voiture sur la route d'entrée des machines, devient-il un opposant radical ?
Le militant qui décide d'aller monter sa tente sur le site de Sivens en septembre et entend toute la journée les bûcherons couper les arbres et qui décide d'aller voir le lendemain matin les dégâts et qui s'approche trop près des gendarmes, a-t-il une attitude d'opposant radical ?
Le militant qui habite à coté de la forêt de Sivens et qui s'y promène tous les week-ends, et apprend en septembre que les arbres de la forêt sont en train d'être coupés, qui décide alors d'aller sur le site avec ses copains déguisés en clown et s'approche des gendarmes pour leur parler agit-il comme un opposant radical ?
Et pourtant....
L'homme dans l'arbre a reçu des coups de pied sur le visage par un gendarme alors qu'il était en hauteur, a été mis en danger à plus de 15 mètres du sol car les branches de l'arbre ont été élaguées volontairement et son filet de sécurité a été coupé..
La personne dans sa voiture a été violemment attrapée par les cheveux, après avoir été gazée, traînée au sol sur plusieurs mètres et jetée sur un tas de ciment, insultée..
La personne qui voulait voir les dégâts des machines sur la forêt, a reçu une balle dans la main, tirée par un gendarme muni d'un lanceur flashball..
La personne déguisée en clown a reçu un coup de tête par un gendarme muni d'un casque et a été la cible d'un tir de flashball dont la munition lui a effleuré la main..
Les personnes qui habitaient dans les tentes, les caravanes, les yourtes ont vu toutes leurs affaires personnelles brûlées..

Oui, les forces de l'ordre ont dû faire face à des actes violents, à des tirs de cailloux, de pierre et de cocktails molotov.
Mardi 26 août 2014, les forces de l'ordre arrivent sur le site pour sécuriser les parcelles du chantier afin d'accueillir les bûcherons qui vont démarrer la déforestation.
Les gendarmes sont accueillis par un groupe d'opposants entre dix et vingt personnes, certains avec le visage masqué, derrière une barricade et jetant des cailloux et des pierres, à l'entrée du site, proche de la D999. Les gendarmes vont signaler l'envoi de cocktails molotov, deux gendarmes vont recevoir des jets de cailloux.
Les deux camps s'affrontent. Les gendarmes usent de gaz lacrymogène en nombre. Il n'y a aucun contact, aucune mise en danger, chaque camp reste à distance et s'envoie des projectiles.
Les militants pacifistes, une cinquantaine, présents sur place mais plus loin, sur les parcelles le long du chemin départemental, vont s'approcher pour tenter une médiation qui aboutira à un retour au calme en fin de journée.
Le lendemain, le même scénario se reproduit avec barricade et jets de pierre. Plus loin, dans la forêt et sur le chemin départemental, des opposants pacifistes vont se positionner en chaines humaines le long du chemin, des clowns vont se déplacer dans la forêt en suivant les gendarmes, des militants vont essayer de parler aux gendarmes en leur expliquant pourquoi ils s'opposent à ce projet et sont présents sur le site.
Sur cette journée, trois personnes vont être interpellées, placées en garde à vue pendant 48 heures et présentées devant le tribunal correctionnel le vendredi 29 août. Le tribunal prononcera la relaxe de ces trois personnes, précisant dans son jugement que des violences ont certainement eu lieu, mais que les gendarmes ne rapportent pas la preuve de l'implication violente et radicale de ces trois personnes. Elles étaient poursuivies pour participation à une manifestation interdite, cagoulée et armée, violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique en réunion et avec armes.
A partir du 1er septembre, les bûcherons arrivent sur le site, escortés par les gendarmes mobiles équipés en tenue de maintien de l'ordre. Le ton est donné !
Commence alors une « lutte », une « opposition », des « affrontements » entre des militants déterminés et nombreux, soutenus par une partie de la population locale et des militants du collectif du Testet, et des gendarmes en mission de maintien de l'ordre.
Dialogue de sourd et guerre d'usure.
Le scénario se reproduit : à l'entrée du site, des barricades, une dizaine d'opposants le visage caché qui se placent pour affronter les gendarmes certains jours, ou qui partent dans la forêt d'autres jours, et plus loin, sur le chemin départemental, sur les parcelles à déboiser, des opposants pacifistes, assis par terre, ou cachés dans les arbres ,ou déguisés en clown.
Deux moyens différents de s'opposer, de lutter.
Et Pourtant...Un usage de la force et des armes le même pour tout le monde !
Une mission de maintien de l'ordre pendant deux mois ! Combien de gardes mobiles, de membres du PSIG, d'armes...
Deux mois d'usage de la force et d'utilisation d'armes !
Deux mois, jusqu'aux journées particulièrement violentes des 29 septembre et 7 octobre, puis des deux semaines de harcèlement d'une dizaine d'opposants restés sur les lieux d'habitation, avec destruction d'affaires personnelles, envoi de gaz lacrymogène dans les habitations, coups de tonfa et insultes quotidiennes.
Sur la journée du 7 octobre, le rapport d'IGGN reconnaît à demi mot et contraint par les vidéos qui ont circulé sur internet, des fautes professionnelles : interpellation violente d'un jeune roué de coups par un membre du PSIG et lancer de grenade de désencerclement dans la caravane par un membre du PSIG.
Pour le reste, pas de faute professionnelle.
 L'usage de la force a été nécessaire, proportionnée, dans le respect du cadre légal fixé par le Code de sécurité intérieure.

Et les armes ?
Le rapport de l'IGGN est silencieux sur les armes utilisées durant les deux mois de maintien de l'ordre sur le site de Sivens.
Depuis fin août, ont été signalées par les personnes présentes sur le site : grenades lacrymogènes de plusieurs types en quantité impressionnante, grenades assourdissantes, munitions de lanceurs dits flashball Verney-Carron, balles de défense utilisées avec lanceurs et grenade de désencerclement (caravane).
Et les prises de décision ?
Le rapport indique « Dès le 23 août et jusqu'à la veille de la manifestation du 25 octobre, le directeur de cabinet anime une audio-conférence chaque soir vers 19 heures avec les responsables du conseil général, le maître d'ouvrage délégué (la CACG), la maire de Lisle sur Tarn et le commandant du GGD81, ce qui permet de dresser un bilan quotidien et de décider des opérations du lendemain ».
La décision a été collective et quotidienne.
Le préfet ? Il est venu sur place une seule fois, le 8 octobre.
Les demandes d'enquête judiciaire, le travail des associations, du défenseur des Droits, la commission parlementaire et les actions qui seront engagées contre l'Etat feront toute la lumière sur les éléments passés sous silence par l'enquête administrative...

mercredi 12 novembre 2014

Lettre ouverte de Benoît Biteau - Vice Président de la Région Poitou-Charentes, - à Thierry Carcenac - Président du Conseil Général du Tarn


 Berthegille, mardi 28 octobre 2014.
 
Monsieur Thierry CARCENAC, vous êtes à la fois pathétique et consternant !

Consternant, en tant que maitre d'oeuvre pour la réalisation du barrage de Sivens, sur le fond de ce dossier.Barra
Comment peut-on porter un projet public, mobilisant 100% de crédits publics sur un projet sans se poser les bonnes questions, dès le départ ?
Le projet de barrage vient du fait que le Tescou subit, depuis 30 ans, des étiages sévères. Monsieur CARCENAC, vous êtes-vous interrogé sur les causes de ces étiages sévères et quelles évolutions de pratiques pourraient en être à l'origine ? Visiblement non, car vous auriez rapidement pu faire le lien entre ces étiages sévères et le développement important des surfaces en maïs hybride sur le bassin versant du Tescou.
Le Conseil Général du Tarn devait-il donc, face à cette situation, avec 100 % d'argent publique, accepter de réaliser, dans une fuite en avant, un équipement qui ne vient qu'en soutien de ces pratiques agricoles peu respectueuses de la ressource en eau, tant sur le plan quantitatif que qualitatif d'ailleurs, ou explorer, avec cette même enveloppe, de 8,5 millions d'euros, des alternatives à ce modèle agricole qui touche le fond ?
La réponse ne peut que trouver ses fondements dans le bon sens paysan !
Monsieur CARCENAC, vous invoquez le nécessaire soutien à ce projet au motif que cette agriculture est plus « rentable » grâce à l'irrigation.

Mais comment expliquer alors, que ces maïsiculteurs, grands bénéficiaires des aides publiques de la PAC (Politique Agricole Commune), expliquant d'ailleurs la majeure partie de la rentabilité de cette culture, ne puissent pas, au nom de cette rentabilité, financer eux-mêmes, un tel projet ?
Faisons, maintenant un peu de mathématiques.
Monsieur CARCENAC, vous expliquez que les exploitations moyennes concernées, pourraient irriguer environ 40 hectares chacune grâce au 1,5 millions de mètres cubes stockés dans le barrage de Sivens. Contrairement à ce que vous dites, la grande majorité des surfaces qui seraient irriguées grâce ce projet (cf : enquête publique) sont des surfaces en maïs ! Pour irriguer 1 hectare de maïs hydride, il est nécessaire de mobiliser, en moyenne 2 000 m3 d'eau. Ce barrage permettrait donc l'irrigation d'environ 800 hectares de ce maïs. Pour une moyenne de 40 hectares par exploitation, le projet ne peut donc que concerner environ 20 exploitations ! Ce qui signifie qu'un projet de 8,5 millions d'euros, d'argent publique, pour stocker de l'eau, ne va bénéficier qu'à 20 exploitations agricoles, parmi celles d'ailleurs les mieux dotées en aides publiques de la PAC ! Belle logique vertueuse ! En gros, sans trop caricaturer, 20 exploitations agricoles, parmi les mieux dotées d'aides publiques de la PAC, vont se voir attribuer une nouvelle aide publique indirecte d'un peu plus de 400 000 euros chacune ! 400 000 euros qu'elles ne peuvent pas financer seules et qui pourtant va servir à irriguer une plante, parait-il très rentable, à laquelle elles ne peuvent donc renoncer, et qui justifie donc la réalisation de ce barrage.
Qui parlait de bon sens paysan ?
Sur le fond toujours, Monsieur CARCENAC, vous convoquez le changement climatique, et vous avez raison, et les travaux de Garonne 2050 sur le sujet.
Ce que vous ne dites pas, Monsieur CARCENAC, c'est que ce scénario Garonne 2050, occulte, dans son analyse du changement climatique, le poids de l'agriculture dans ce changement climatique, et le rôle qu'elle peut jouer pour le limiter !
En effet l'agriculture est émettrice, en moyenne, de 20 % des gaz à effet de serre. Et ce n'est pas les moteurs des tracteurs les responsables, pas davantage d'ailleurs que les vaches qui pètent dans les prairies ! La contribution majeure de l'agriculture à la fourniture de gaz à effet de serre est liée à sa dépendance aux substances chimiques de synthèse, dérivées du pétrole, que sont pesticides et engrais azotés, dont on connait par ailleurs, les dégâts considérables dont ils sont responsables, sur cette même ressource en eau, mais aussi sur les équilibres, la biodiversité, et la santé.
Pour produire 1 kilo d'azote, il faut mobiliser 1,5 litres de pétrole. Sur un hectare de maïs, de blé ou de colza, le modèle agricole dominant apporte environ 200 à 250 kilos de cette azote de synthèse, induisant une dépendance au pétrole (et donc alimentant la fourniture de gaz à effet de serre) de 300 à presque 400 litres de pétrole par hectare, avant même d'avoir tourné la clef du tracteur !
L'agriculture occupe environ 70 % des surfaces de nos territoires et c'est une activité économique qui mobilise énormément d'argent publique via la PAC.
Ne devriez-vous pas, Monsieur CARCENAC, puisque ce changement climatique vous tracasse visiblement, accompagner, avec autant d'argent publique,  un modèle agricole qui, d'une part, renonce aux substances de synthèse et qui, d'autre part, redécouvre les vertus d'une agronomie qui sait s'en affranchir en mobilisant les ressources parfaitement gratuites et inépuisables que sont, l'azote atmosphérique, le carbone, la lumière, la vie des sols, etc. etc. ?
Ne devriez-vous pas intégrer, qu'avec autant d'argent publique fléché vers cette activité économique, il est urgent de restaurer un contrat moral décent avec la société civile, avec les contribuables, et faire en sorte que ces 70 % d'espaces occupés par l'agriculture soient des espaces de séquestration du carbone, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, tant l'usage massif de ces substances de synthèse (la France reste le premier utilisateur mondial de pesticides, en dose par hectare ! source ONU) ont dévasté la vie et donc, la fertilité, et par conséquent, la faculté des sols à séquestrer le carbone ? Les prairies humides semblables à celles que vous dévastez sur le Testet sont d'ailleurs unanimement reconnues comme de remarquables puits de carbone, contrairement à la pratique du maïs, qui elle, émet du carbone ! Ces deux paramètres fondamentaux, sont parfaitement occultés dans les différents scénarii de Garonne 2050 ! Et c'est pourtant là que sont les plus grandes marges de man½uvre pour lutter contre le changement climatique, plutôt que dans une posture fataliste, passive, qui ne prend pas le sujet à bras le corps, et qui préfère les fuites en avant en tentant de résoudre des équations, impossibles à résoudre justement ! Comment pensez-vous pouvoir, au motif de ce changement climatique, pouvoir répondre à des augmentations de températures, associés à des régimes hydrographiques sévères, nécessitant l'irrigation toujours plus exigeantes des cultures vidées de toute rusticité par la sélection génétique de plantes homogénéisées et standardisées, à partir d'une ressource de plus en plus rare et pour laquelle les priorités de gestion en bon père de famille, restent, d'abord l'eau potable, ensuite le bon état des milieux et enfin l'irrigation (article 2 de la loi sur l'eau) ?
Le stockage de l'eau n'est donc pas la bonne réponse ! Même Garonne 2050 le dit !
Savez-vous, Monsieur CARCENAC, qu'avec autant d'argent public, vous pourriez soutenir un modèle agricole, basé sur l'agronomie, apte à limiter et s'adapter au changement climatique, sachant s'affranchir des substances de synthèse (engrais & pesticides), sachant produire, oui, PRODUIRE, en s'appuyant sur des ressources parfaitement gratuites et inépuisables, préparant l'après pétrole, préservant les équilibres, les ressources et l'eau en particulier, la biodiversité (sauvage et domestique, animale et végétales), le climat et la santé ?
Que ce modèle, en respectant les capacités de la terre (avec un petit t) et la Terre (avec un grand T) à produire demain, garantit un avenir décent pour les générations futures ?
Savez-vous qu'il existe des variétés de maïs, mais aussi de tournesol, de blé, d'orge, d'avoine, et dans toutes les espèces, qu'on appelle « variétés populations » obtenues par une sélection convergente des hommes et du milieu, comme le faisaient déjà avant nous les mayas et les aztèques, il y a des millénaires, qui ont des caractéristiques techniques redoutables (fort taux de protéines par exemple) et qui permettent d'obtenir des rendements surprenants en cultures sèches, justement parce qu'elle sont parfaitement adaptées à leur zone de production, qui n'ont rien à voir avec les variétés standardisées proposées par les firmes semencières, et qui, de surcroit, redonnent aux paysans leur autonomie alimentaire, semencière et génétique ?
Savez-vous encore que l'arbre, que le modèle agricole de ces dernières décennies s'est acharné à faire disparaitre, que vous vous acharnez à faire disparaître sur la zone humide du Testet, est l'acteur central de ce modèle vertueux (agroforesterie, associant arbres et productions agricoles), qui fonctionne partout dans le monde en général, et en particulier, dans le Tarn  et qui « nous garantira demain la possibilité d'atteindre la souveraineté alimentaire sur toutes les zones de la planète » (Olivier de SCHUTTER, rapporteur spécial pour l'agriculture et l'alimentation à l'ONU) ?
Que ce modèle agricole vertueux est aussi la meilleure réponse économique pour les agriculteurs eux-mêmes qui voient leurs coûts de production diminuer de façon spectaculaire tout en faisant progresser leur rendement de 40 %, en moyenne, en France (source : INRA) ?
Réalisez-vous que dans un contexte où l'argent public se fait rare, que d'autres activités sont impactées négativement par ce modèle agricole chimique, comme la pêche ou la conchyliculture sur notre littoral. Que les contribuables sont mis à contribution à hauteur de 54 milliards d'euros par an (source : Cour des comptes - 2011), pour financer le retrait dans l'eau des seules pollutions agricoles pour obtenir de l'eau potable. Qu'engager des politiques, des logiques préventives, coûtent, en moyenne, 26 à 27 fois moins que s'acharner sur les logiques curatives, comme par exemple, le stockage de l'eau qui vient en soutien de ce modèle agricole qui refuse de se remettre en cause et qui transfert le coût des dégâts de ses pratiques sur le plus grand nombre? A savoir les contribuables, comme vous le faites vous-même en finançant ce projet de barrage et qui sont déjà ceux qui alimentent l'enveloppe PAC (11,5 milliards d'euros en France), distribuées à ces mêmes agriculteurs.
Ne pensez vous pas qu'il est désormais urgent de changer, d'avoir un peu de créativité, d'audace et de courage politique pour porter avec l'argent public, les vraies bonnes solutions, celles qui allument des cercles vertueux, qui préparent l'avenir des générations futures, loin des logiques corporatistes qui aveuglent à grands coups de propagandes et nous éloignent des véritables approches globales ?

Sur la forme maintenant, Monsieur CARCENAC, vous êtes cette fois pathétique. J'ai pris le temps de rédiger ce long courrier pour que la mort de Rémi ne soit pas vaine, ne soit pas inutile. Pour vous expliquez ce que vous n'avez visiblement toujours pas compris, et que vous sachiez que ce jeune étudiant de 21 ans, lui l'avait compris et que c'est pour ça qu'il était là-bas sur place, au Testet, pour préserver l'intérêt supérieur des générations futures !
Oui, il est mort, pour des idées, parce qu'il avait compris ce qu'en humble et modeste ambassadeur, j'essaye de vous expliquer dans ce courrier. J'aurais pu être Rémi, car je me suis également rendu sur place, où j'y ai d'ailleurs pu constater l'extrême violence des forces de l'ordre face à des militants pacifiques. Rémi aurait également pu être l'une de mes deux filles ou l'un de mes trois fils, tant ils sont également convaincus que de telles politiques publiques sont suicidaires pour les générations futures !
Rémi, jeune toulousain étudiant en biologie de 21 ans, a donc donné sa vie pour tenter de préserver l'intérêt supérieur qu'est l'avenir des générations futures !
Et cette mort, ne sera ni stupide, ni bête, comme vous le dites, si vous prenez maintenant conscience du message qu'il était venu porter sur la zone humide du Testet, lui et tous les nombreux autres citoyens opposants, si vous cessez immédiatement de tels travaux, si vous replantez des arbres au Testet, et si vous utilisez l'argent public du projet pour accompagner et pour soutenir une alternative agricole vertueuse, animée par une véritable approche globale, pour en faire un projet remarquable et exemplaire ! Et je suis prêt, si vous avez (enfin !) cette étincelle de lucidité, de conscience et d'humanisme, à mettre à votre service, gracieusement, en la mémoire de Rémi, de sa clairvoyance et de son engagement, mes connaissances, mes compétences, mes expériences et les réseaux capables d'accompagner un tel projet pour en garantir la réussite ! Faisons le ensemble Monsieur CARCENAC, pour qu'effectivement la mort de Rémi ne soit ni vaine, ni stupide, ni bête !








Benoît BITEAU


Parti Radical de Gauche (Secrétaire National (Agriculture) & Délégué Régional)


Vice Président de la Région Poitou-Charentes,
Président de la commission "Ruralité, Agriculture, Pêche & Cultures marines".
Membre du Conseil Maritime de Façade "Sud Atlantique" & Président de la Commission Mixte "Lien Terre - Mer"
Administrateur de l'Agence de l'Eau Adour - Garonne & Président de la Commission Territoriale « Charente »
Membre de l'Agence de l'Eau Loire - Bretagne
Administrateur du Conservatoire Régional des Espaces Naturels & du Conservatoire du Littoral
Élu référent du Conseil Régional pour le pays Marennes - Oléron.
Président de CA du Lycée de la mer.


Ingénieur des Techniques Agricoles.
Conservateur du Patrimoine Technique, Scientifique & Naturel.
Paysan Bio.

Lauréat 2009 du Trophée National de l'Agriculture Durable.
P/O Benoît Biteau

revelation du "monde" sur la mort de Rémi Fraisse


Rémi Fraisse : ce que les gendarmes ont vu la... par lemondefr

samedi 4 janvier 2014

arguments détaillés contre Notre Dame des Landes dans un courrier de M Bankir

Lettre ouverte de Jacques Bankir à M. Gangil, Directeur Général de l’Aviation Civile et M.Hulliard, PDG de Vinci


Lettre ouverte
Paris, 31 décembre 2013

Monsieur Gandil,  Directeur Général de l’Aviation Civile,
Monsieur Huillard, Président Directeur Général de Vinci,

C’est très sincèrement que je vous présente mes meilleurs vœux pour 2014. Que cette année soit celle de la raison, du bon sens et de la sérénité pour tous.

Cher Monsieur Gandil, j’ai eu le plaisir de dîner à côté de vous il y a quelques années. J’ai été frappé par votre esprit d’ouverture et par la vivacité de vos propos, s’agissant de notre métier, le transport aérien.

Monsieur Huillard, je ne vous connais pas mais j’ai pu apprécier le dynamisme et la qualité de vos équipes, en particulier dans le domaine aéroportuaire.

C’est pourquoi je tiens à vous adresser cette lettre. J’ai toujours été surpris et choqué par le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Je ne doute pas qu’au fond de vous-mêmes, vous aussi éprouviez quelque part un certain doute. Dernièrement, j’ai accepté de participer à un débat public sur le sujet qui m’a valu quelques interviews de la presse écrite et de la radio. Je vous précise, comme je le fais à chaque fois, que je ne m’exprime au nom d’aucune association, d’aucun parti mais simplement en tant que professionnel du transport aérien qui a passé cinquante ans à parcourir bien des aéroports.

Les grands projets, je connais et je les respecte. J’ai participé à la gestation de Concorde, à la préparation de la mise en œuvre de CDG 1 et à la conception de CDG 2 en travaillant la main dans la main avec les brillants « trois mousquetaires » d’ADP : Andreu, Albouy, Clinckx, Déjou. Je connais Nantes aussi, une ville que j’aime beaucoup, pour avoir été, pendant cinq ans, PDG de Régional. Cela a été une expérience passionnante et, comme vous le savez, les cas de fusions réussies sont rares. Celle-là a été considérée comme incontestable et a valu beaucoup de bonheur à toute l’équipe.

Hélas, dans le projet de NDL, rien ne paraît crédible. Je comprends le rêve des élus qui voudraient marquer leur règne et flatter l’ego de leurs électeurs en les dotant d’un grand aéroport régional. Je crains aussi que des intérêts immobiliers plus ou moins mal compris ne viennent brouiller les idées. C’est du moins ce que me laisse à penser la réflexion d’un élu : «  Vous auriez dû venir nous voir, on vous aurait expliqué les enjeux ».
Certes, il y a quarante ans, au démarrage du projet, on imaginait que partir de Nantes éviterait aux avions supersoniques le survol du continent et que l’on pourrait rabattre le trafic sur ce hub en avions moyen-courrier et en TGV. C’était évidemment utopique ! On mettait 15 minutes en Concorde, depuis CDG,  pour atteindre Jersey avant d’accélérer et de passer le mur du son. Pourquoi perdre deux heures pour atteindre Nantes ?

Il en est de même de l’idée du hub provincial qui a pris bien du plomb dans l’aile. Le seul hub qui a été à peu près réussi en France est celui de Lyon mis au point par Air Inter pour faire du province-province et qu’Air France a complété par des lignes sur l’Europe. Mais Lyon a été incapable d’obtenir de façon pérenne un vol sur New York. Seul Emirates est présente en long-courrier du fait d’une politique prédatrice qui donne bien du souci à nos vieilles compagnies. Et les low-costs rendent l’économie du hub de plus en plus fragile. Ils se développent aux dépens des compagnies traditionnelles. Quant au prix de la gare TGV de Satolas qui devait amener du trafic de tout le pays, il a fait scandale à l’époque. Près de quarante ans plus tard, le nombre de passagers qui l’utilisent est négligeable. Et pourtant, Lyon est un carrefour naturel et bien placé depuis le temps des Romains, entre Europe du Sud et Europe du Nord.

A Nantes-Atlantique (NTE en code IATA), il n’est que d’examiner les statistiques de l’Union des Aéroports Français, pour constater le même phénomène : ce sont les low-costs qui ont fait l’essentiel de la croissance de ces dernières années. Et le long-courrier est limité à une poignée de vols charters qui s’accommodent sans problème des installations existantes.

Cela étant, les aéroports français ont réagi de façon énergique face à la détérioration de leur situation. Après avoir bénéficié du premier réseau domestique européen, ils ont vu leur trafic stagner tandis que celui des aéroports de province du Royaume Uni, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne s’envolait. Ils ont créé French Connect pour attirer les low-costs et ont ainsi établi un des forums compagnies-aéroports les plus appréciés. Marseille a construit son aérogare low-cost MP2 et en est fière. Bordeaux a suivi avec Billi dont le rapport qualité-prix est encore plus remarquable.

S’agissant de NDL, un journaliste m’a posé une question pertinente : « Pourquoi les compagnies ne protestent-elles pas ? ». La réponse est évidente. Nantes est pour elles un point mineur de leur réseau. Elles connaissent l’administration française et son protectionnisme qui a freiné l’essor des compagnies low-costs et, justement, pénalisé la province française. Elles ne tiennent pas du tout à se mettre en avant. Pour elles, c’est simple, si NDL se révèle trop cher, elles iront ailleurs, à Lorient, à Angers ou à Rennes. En attendant, elles se disent que si la France veut faire payer la facture à ses contribuables, ce n’est pas leur affaire. J’ai posé la question, au dernier French Connect, à un panel où toutes les grandes compagnies low-costs étaient représentées. Les réponses furent une volée d’admirables et très gênés faux-fuyants.

En revanche, EasyJet vient de réagir nettement devant les conclusions préliminaires du 17 décembre de la « Airports Commission » sur l’avenir des aéroports de Londres et se félicite de ses recommandations. Cette commission conclut qu’un nouvel aéroport, dans les bouches de la Tamise, serait une aventure coûteuse et pleine de risques. La solution sage et qui perpétue une politique constante depuis cinquante ans, est de tirer tout le parti de l’existant en construisant une troisième piste à Heathrow et/ou une seconde piste à Gatwick.

On n’aime pas beaucoup en France que l’on rappelle comme nos aéroports sont mal utilisés par rapport à certains des aéroports de nos voisins. Mais il n’empêche que Heathrow (1300ha, 2 pistes) traite plus de passagers et presque autant de mouvements que Roissy-CDG (3200ha, 4 pistes) avec une superficie nettement inférieure à celle d’Orly (1600ha, 2 pistes) et de l’ordre de grandeur de celle que l’on prévoit pour NDL (1200ha, 2 pistes). Et Gatwick, avec sa piste unique et sa superficie inférieure à celle du Bourget, a un trafic en mouvements et en passagers, nettement supérieur à Orly. Je ne parle pas de London City avec son trafic égal à celui de Nantes, constitué d’avions de 50 à 100 places, ses 40ha et une approche face à l’Est telle que l’on vire au-dessus des jardins de Buckingham où l’on pourrait voir la Reine promener ses chiens. Il y a d’autres exemples d’aéroports de la taille de Nantes Atlantique, infiniment plus contraints par leur proximité à la ville et dont on tire, intelligemment, quatre à cinq fois le trafic de Nantes. Citons simplement San Diego, Lisbonne ou Genève. Pour ce dernier aéroport on connait ses résultats financiers brillants.

A Londres, toutes les études de nouveaux aéroports, depuis cinquante ans, soulignent le prix de la distance et le fait que ce coût, pour la communauté, serait dix fois plus élevé que celui de l’aéroport proprement dit, dans le cas d’une plate-forme construite dans l’embouchure de la Tamise. NDL est moins éloignée, cependant c’est un aspect dont on ne parle jamais et que l’on semble espérer solder par une simple voie rapide joignant la route de Vannes à celle de Rennes.

Mais je reviens sur le communiqué d’EasyJet qui mérite d’être soigneusement analysé. Il représente la profession de foi du segment du transport aérien qui domine de plus en plus nettement notre industrie.
  1. Capacity should be provided where there is passenger demand for it - aviation works best when consumers determine outcomes.
  2. Airports should only build the infrastructure that provides the level of service that passengers value and are willing to pay to use. There should be no gold plating or expensive infrastructure that passengers don't value.
  3. Passengers should only pay for new infrastructure when they actually use it – like toll roads – and not for years in advance."
Tout est dit. Et surtout qu’un aéroport ne crée pas du trafic. Le drame de NDL est que cet aéroport ne correspond à aucune étude de marché ou prévision sérieuse. On va vers un éléphant blanc.

En Espagne, on a construit Ciudad Real en espérant détourner du trafic de Madrid. L’aéroport a dû fermer en 2012 après trois ans d’existence, faute d’avions et d’entente avec les compagnies low-costs qui demandaient de fortes subventions. Le projet de liaison avec le TGV tout proche a évidemment fait long feu. Plus d’un milliard jeté par la fenêtre.

A Montréal, l’aéroport de Mirabel, contemporain de CDG, a été exploité quelque temps. Mais malgré tous ses efforts, le gouvernement canadien, respectueux du marché, n’a pas convaincu les clients et Dorval est resté en activité et a retenu tout le trafic domestique et celui à destination des Etats-Unis. Seuls les vols internationaux vers l’Europe et les Caraïbes ont été contraints de déménager sur le nouvel aéroport. Résultat, l’ambitieux hub Europe-USA qui avait été imaginé a été tué dans l’œuf. Toronto a su développer un aéroport existant beaucoup plus contraint et a joué ce rôle, au grand dam du Québec, paralysé. Celui-ci a accepté que les compagnies internationales retournent à Dorval au bout de 22 ans, ne laissant, dans les grands espaces de Mirabel, que quelques charters et cargos.  Avec la route et le train, c’est plusieurs milliards qui ont été gâchés.

Doit-on aussi mentionner Vatry, un grand projet politico-administratif du conseil général de la Marne ne correspondant, lui aussi, à aucun besoin commercial ? Il vivote avec un trafic ridicule grâce à Ryanair, numéro 1 du trafic intra-européen qui y opère un vol par jour (pour montrer sa bonne volonté dans un pays qui lui reste administrativement hostile ?) et à quelques charters et vols cargos au chargement confidentiel qui profitent de ses prix et de sa discrétion…

Le projet de NDL ressemble fort à tous ceux-là. Et la présentation de Vinci du 13 mars dernier n’est guère convaincante. Le budget d’abord, quelque 500 millions, semble ridiculement faible. Pour le justifier à tout prix, on a chiffré une phase 1 limitée à une capacité de 4 millions de passagers. C’est la négation même du besoin d’un nouvel aéroport qui n’offrirait que la capacité correspondant au trafic actuel de Nantes alors qu’il n’ouvrirait, au plus tôt, qu’en 2018. On hésite entre une largeur de piste limitée à 45 mètres et une réduction des taxiways ne permettant l’utilisation des pistes que dans un sens ! L’aérogare, de l’avis même de plusieurs experts, est de conception discutable. Il y a deux uniques passerelles télescopiques, là où NTE en offre six aujourd’hui. On a oublié de prendre en compte la gare fret de DHL. Elle reste à NTE ?

Mais surtout, les mystères du sous-sol argileux, gorgé d’eau, dans ce pays de bocage, ont-ils été suffisamment pesés ? Je ne suis pas un expert, mais j’aimerais bien savoir si Vinci a mesuré les risques de l’entreprise et qui paiera les surprises éventuelles ?

La DGAC, interrogée par les opposants au projet, a accepté, du bout des lèvres, de citer une estimation de 800 millions pour NDL, à un horizon incertain. On est encore loin du compte, surtout si l’on veut bien penser au réseau routier qui désengorgera l’accès à l’aéroport et à un moyen de liaison, « tram-train » ou autre, en site propre. Et une fois de plus, quid du coût de l’éloignement pour la métropole nantaise alors que les Britanniques, entre autres, ont bien souligné que ce coût croît exponentiellement avec la distance ? Pour le concessionnaire comme pour les collectivités, on peut craindre objectivement que les aléas soient énormes.
Je ne parle pas du coût de transport pour les passagers de Rennes qui mettront autant de temps pour aller à NDL, par une route encombrée, qu’il en faudra pour gagner Paris par TGV. Il est clair pour tout expert objectif que les passagers de Rennes ou de l’Ouest de la Bretagne seront rares et limités à quelques vacanciers venant prendre des vols charters, comme ils le font déjà. En revanche la métropole nantaise pourrait perdre des vols vraiment significatifs sur le plan économique : les liaisons transversales vers la France et l’Europe qui sont bien mieux servies par un aéroport proche, fonctionnel, accessible et compétitif.

Qui va construire et payer les ponts et autoroutes indispensables dans le cas de NDL ? Quand j’allais à l’aéroport tous les matins et en revenais tous les soirs, j’étais tout content de constater qu’il me fallait quelques minutes pour franchir la Loire et gagner l’aéroport, alors que le trafic était bloqué dans l’autre sens. La situation n’a fait qu’empirer depuis. J’ai eu le malheur de dire cela au débat public, le mois dernier et de parler du merveilleux et dynamique tissu de PME du Sud-Loire et de Vendée qui serait pénalisé par NDL. Des élus un peu excités m’ont aussitôt accusé de connivences avec ces industriels. Je vous rassure, il n’en est rien.

En revanche, la condamnation de Nantes Atlantique me parait dénuée de tout fondement objectif. Les élus, toujours eux, se sont offusqués que l’on mette en doute les études de la DGAC. Il n’en est pas question et j’ai le plus grand respect pour cette institution que j’ai côtoyée pendant 50 ans. Mais, justement, je sais comment on peut jouer avec les faits. J’ai donné un exemple à Radio-France, l’autre jour. Celui des études sur Concorde. Un groupe de travail dont je faisais partie, présidé par le SGAC de l’époque, avait pour mission de faire taire les opposants au projet, ceux-ci disant que l’exploitation de l’avion serait ruineuse. Ce débat faisait écho à celui concernant le projet de SST américain qui allait être abandonné. On a pudiquement conclu que le Concorde serait un peu plus cher au siège-kilomètre que le B707. On a omis de dire qu’il serait deux fois plus cher que le B747, tout juste lancé, mais qui serait son véritable contemporain. Je pourrais citer bien d’autres exemples.

En attendant, on compare les 500 millions d’un projet de NDL correspondant à une capacité de 4 millions de passagers aux 800 millions qui seraient nécessaires pour faire de NTE un aéroport en or massif capable de traiter 9 millions de passagers en….2060. Cela frise le ridicule.

La DGAC a fait une étude fouillée et détaillée, mais sur des hypothèses contestables. Cette étude répond aux recommandations de la Commission du Dialogue qui, en mars dernier, posait de très bonnes questions et suggérait une approche contradictoire. L’étude de la DGAC a pris six mois. Les opposants ont eu quinze jours pour réagir et sont parvenus à mettre au point trois présentations préliminaires pour la réunion qui a eu lieu à la préfecture de Loire Atlantique, le 27 novembre dernier. Monsieur Schwach a eu la courtoisie et l’amabilité de qualifier ces présentations « d’honnêtes et constructives ». En revanche, le débat a été limité. Et le préfet d’indiquer, en fin de réunion, que le temps du dialogue était clos, faisant fi de la lettre du Ministre du 28 juin. Depuis, il semble bien que l’administration, avec la sortie de plusieurs arrêtés, fasse tout pour créer une situation de fait accompli et permettre le démarrage des travaux. Le moins que l’on puisse dire est que cela n’est guère dans l’esprit des recommandations de la Commission du Dialogue et de l’engagement du Ministre des Transports à les respecter.

Comme me le disait un ami hollandais : « Jamais, chez nous, administration ou élus n’oseraient procéder de façon aussi impudente ».

Mais revenons sur les grands thèmes de l’étude de la DGAC.

Il y a d’abord le bruit.

Les nuisances sonores sont incontestables. Mais la méthodologie utilisée par la DGAC aboutit à la conclusion qu’elles ne pourront qu’augmenter. Pour cela, on n’a pas tenu compte de l’apparition d’avions nouveaux et de la disparition d’avions de la génération 1990 ou plus anciens, de manière réaliste. Monsieur Schwach, un peu gêné, a qualifié les hypothèses de la DGAC de « simplificatrices ». En fait :
  • Les avions régionaux constituent 50% du trafic de NTE. On sait que les jets de moins de 80 sièges sont condamnés par leur économie. Ils disparaissent aussi vite que les compagnies comme Régional ou Britair sont capables de s’en débarrasser. Ils sont remplacés par des appareils turbopropulseurs ou des appareils plus gros avec une tendance accélérée à la diminution des mouvements.
  • L’essentiel du trafic résiduel est fait par les compagnies traditionnelles et surtout par les low-costs dont la politique est d’utiliser les avions les plus performants. Les avions équipés de moteurs de technologie GTF ou LEAP sont déjà commandés par milliers, qu’il s’agisse d’Airbus ou de Boeing ou d’avions régionaux de 80 places et plus (Bombardier, Embraer, Mitsubishi). La diminution du bruit sera spectaculaire. Le C-series sera en service en 2016. Les autres suivent de près. L’absence totale de ces appareils dans les simulations DGAC, jusqu’au-delà de 2030, est choquante. Bien plus, les gains en bruit, au décollage comme à l’approche, sont nettement sous-estimés alors que les constructeurs se sont engagés sur des chiffres connus, précis et contractuels.
  • On a forcé sur les long-courriers, même si leur présence à Nantes reste confidentielle. Le trafic de NTE sera, selon toute probabilité, limité à des biréacteurs, les A350 et B787 venant encore diminuer le bruit des A310, A340 et B767 qui auront disparu.
  • On a renforcé le trafic de nuit et accentué le nombre de mouvements en QFU 21 sans tenir compte d’aucune amélioration de procédure au prétexte que les contrôleurs ne sauraient pas faire du fait de l’augmentation du trafic. Comment font ceux de Gatwick, de Lisbonne, de San Diego ou de Genève pour tirer, de leur piste unique, jusqu’à six fois plus de mouvements, avec des contraintes d’environnement beaucoup plus sévères et, pour certains, aucun mouvement de nuit ?
  • On ne tient compte ni des promesses des accords de Grenelle (appliquées à Paris et qui devaient l’être dans les dix premiers aéroports français), ni de la politique de la DGAC explicitée dans le rapport PBN (Performance Based Navigation) et reflétant l’avance des travaux  du ciel unique européen (SESAR).
En conclusion, la DGAC conclut à une augmentation des nuisances là où toutes les mesures faites sur Londres, Paris et bien d’autres aéroports, montrent une diminution constante et accélérée des niveaux de bruit malgré l’augmentation du trafic. Conclusion qui est aussi celle du cabinet international  d’expertise, contracté par les opposants et qui a pu présenter ses travaux à la réunion tenue à la préfecture le 27 novembre. La DGAC a concédé que cette tendance semblait avérée mais a trouvé que le nombre d’habitants concernés par une courbe de bruit donnée devait doubler à Nantes ! En tenant compte de quels projets immobiliers ?

Il est en fait troublant que la perspective de l’ouverture de NDL semble avoir arrêté tout effort pour diminuer le bruit sur Nantes. On a l’impression qu’il y a là une volonté de ne rien faire qui puisse semer le doute s’agissant du bien-fondé du transfert du trafic sur un nouvel aéroport.

L’un des exemples les plus flagrants est la tarification. S’il y a gêne et nuisance, pourquoi ne pas prendre exemple sur Zurich, Londres, Francfort ? Pourquoi ne pas rendre dissuasifs les mouvements de nuit et plus pénalisants les mouvements tard le soir ; pourquoi ne pas charger les avions qui ne respectent pas le « chapter 4 » de l’OACI et ne pas prévoir une incitation pour les avions qui vont bientôt apparaître en nombre, avec leurs moteurs GTF et LEAP, et qui seront quasiment inaudibles sur l’Ile de Nantes, facilitant ces projets d’urbanisation attendus avec tant d’impatience ?

La seule mesure positive notable est l’utilisation la plus fréquente possible du QFU 03. Elle est significative et épargne tout survol de Nantes, 60% des jours de l’année.  Certes on sacrifie St Aignan. Car on oublie toujours de le dire. Si la piste, utilisée dans un sens, représente une pénalité pour Nantes, elle a, dans l’autre sens, un avantage rare, grâce à la présence du lac de Grand Lieu où les oiseaux n’ont jamais été perturbés par le bruit des avions. Survol et absence d’urbanisation sont au contraire une garantie de protection. En revanche, je compatis de tout cœur avec le sympathique maire de St Aignan. C’est vrai que sa petite commune est sacrifiée. Mais elle est constituée en grande partie, comme cela arrive partout autour des aéroports, comme on l’a vu à Roissy-CDG, vaste plaine vide d’habitations à l’ouverture de l’aéroport, de maisons construites alors que l’empreinte bruit de l’aéroport était déjà bien établie. Et là encore, on ne parle pas du trafic de Heathrow ou de CDG, mais du quart de celui de Lisbonne.

Et il y aura toujours un St Aignan. Le prochain pourrait s’appeler le Temple de Bretagne sans doute ? Il n’y a pas de désert en France. En revanche, le bruit des avions est aujourd’hui 75% plus faible qu’il y a trente ans et, à Londres, on estime que la population touchée a été divisée par huit ! Les avions qui arrivent à partir de 2016 vont encore réduire les nuisances de plus de 50%. Alors comment croire à des chiffres qui supposent une densification des habitations autour de NTE, maintenu en activité mais pas un habitant de plus autour de NDL ?

Il y a ensuite les travaux d’extension des installations terminales.

Là, on a tout entendu. Le mépris pour les installations low-costs de Marseille et de Bordeaux. On voudrait pour NTE, du standing ! Pourquoi ? Pour les low-costs qui représentent la quasi-totalité de la croissance du trafic ? Tout expert peut imaginer des solutions du type Marseille ou Bordeaux qui coûteront une bouchée de pain. Les grandes surfaces savent faire des parkings pour un prix modique. Bien plus, le tramway arrive déjà tout près et son prolongement coûterait une bagatelle à côté de ce que représenterait un moyen de transport en site propre desservant NDL. Bref, les investissements, à l’horizon correspondant à celui où NDL serait disponible, devraient être de l’ordre du dixième de ce qui est indiqué dans l’étude de la DGAC. En tout état de cause, ils seraient progressifs et adaptés à l’évolution du trafic.

Ce qui permettrait à l’aéroport et à Vinci de faire de très bonnes affaires et de continuer à satisfaire les compagnies aériennes clientes qui ont sacré l’aéroport de Nantes Atlantique, meilleur aéroport européen 2012.

Enfin, il y a la piste.

Elle présente certes des creux et des bosses et devra être refaite tôt ou tard. Je ne suis, là encore, nullement expert. Je ne peux que constater que les aéroports n’ayant qu’une seule piste sont légion. Et qu’ils trouvent toujours une manière de résoudre les problèmes de rectification et d’entretien. Les ondulations de la piste ne gênent absolument pas le trafic, même pour les plus gros appareils. Il suffit de le demander aux pilotes qui fréquentent NTE, comme je l’ai fait. Certes on ne construirait pas une piste comme celle-là aujourd’hui. Mais les exceptions aux normes idéales OACI se négocient. Et je ne doute pas que Vinci soit à la pointe du progrès et ne puisse trouver des solutions, avec un minimum de bonne foi, pour résoudre ce problème dans des délais convenables, sans tomber dans les extrêmes chiffrés par la DGAC : une fermeture de six mois avec le manque à gagner qui en découle ! Brest l’a fait il y a déjà quelque temps, en quelques semaines. Je n’ai pas la durée précise. C’est devenu, parait-il, un secret-défense…

Quant au besoin de prolongation de la piste qui devrait, on ne sait pourquoi, être plus longue que celles de NDL, il ne semble vraiment être là, lui aussi, que pour alourdir la facture à tout prix. On veut peut-être s’inspirer de Ciudad Real avec sa piste de 4000 mètres ?

Bref, on ne construit pas un aéroport vaste comme Heathrow avec ses 70 millions de passagers, premier d’Europe, pour seulement 7 à 9 millions de passagers quand on a un instrument aussi valable que Nantes Atlantique. C’est une aventure politico-administrative sans aucun fondement économique ou commercial.

Je ne m’attends pas à ce que vous vous déclariez d’accord avec tout cela. Je pense malgré tout que les grands professionnels que vous êtes, s’honoreraient d’expliquer au monde politique que la poursuite du projet de Notre Dame des Landes n’est pas forcément une solution souhaitable et surtout pas par les temps qui courent.

Et j’estime que, dans l’esprit de la Commission du Dialogue, il serait judicieux qu’on laisse le temps aux opposants au projet de désigner un expert et d’aller au fond des choses, en reprenant les hypothèses que la DGAC a développées pendant six mois. Oserais-je suggérer que cette contre-expertise se fasse dans le cadre d’une coopération et d’un dialogue ouvert entre experts nommés par les opposants et vos services ? Cela satisferait tout le monde. Cela peut être décidé aujourd’hui. Je me tiens à votre disposition pour aider à mettre cela en place.

Je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de toute ma considération.

Jacques Bankir

M Bankir a été président et vice-président dans de nombreuses compagnies aériennes au cours de sa carrière, dont Régional Airlines.